Élections provinciales : cinq revendications du communautaire

Santé mentale, locaux, financement, autonomie, réduction des méfaits : les revendications du communautaire dans le Centre-Sud

À l’approche des élections provinciales, les organismes communautaires du Centre-Sud et des Faubourgs se mobilisent pour faire entendre les réalités vécues dans le quartier et les besoins du milieu.

Réunis par la CDC Centre-Sud et la Table de concertation du faubourg Saint-Laurent, des organismes communautaires ont identifié cinq grandes thématiques prioritaires et formulé des revendications à adresser aux personnes candidates.

Ces revendications partent d’un constat commun : les organismes communautaires jouent un rôle essentiel dans le développement social et la prévention des enjeux sociaux, mais ils sont aujourd’hui fortement sollicités et disposent de ressources limitées pour répondre à des besoins qui augmentent.

Depuis des décennies, les organismes se développent à partir des besoins exprimés par les populations et des réalités vécues dans les milieux. Ils ont ainsi développé une expertise fine de leur territoire, des personnes qu’ils accompagnent et des enjeux sociaux. Ils offrent des services de proximité essentiels, notamment aux personnes en situation de précarité, d’itinérance ou à risque de le devenir.

Or, les équipes sont aujourd’hui sous pression, alors que le milieu dénonce un manque de reconnaissance, de soutien, de collaboration et de financement. Pour les organismes, plusieurs demandes formulées depuis des années demeurent sans réponse suffisante.

Les cinq revendications présentées aux personnes candidates touchent à la fois les conditions dans lesquelles les organismes peuvent exercer leur mission et plusieurs enjeux sociaux qui ont des répercussions directes dans le Centre-Sud et les Faubourgs.

L’adoption du projet de loi 23 modifie notamment les possibilités d’intervention lorsqu’une personne présente un danger en raison d’une altération de son état mental. Cette évolution soulève des questions quant au respect des droits et à la capacité du réseau à assurer un accompagnement adéquat avant, pendant et après une hospitalisation.

Pour le milieu communautaire, une intervention en situation de crise ne peut pas être dissociée de ce qui se passe avant et après celle-ci. Les organismes qui accompagnent déjà les personnes doivent pouvoir travailler en collaboration avec les services publics et hospitaliers, et disposer des ressources nécessaires pour jouer leur rôle sans se substituer au réseau public.

La revendication : que la mise en œuvre du projet de loi 23 soit accompagnée des ressources, de la formation et des mécanismes de collaboration nécessaires pour garantir un véritable continuum de soins et d’accompagnement, dans le respect des droits et de la dignité des personnes.

Cela passe notamment par le renforcement des ressources en santé mentale et en prévention de crise, une meilleure continuité entre les différents services, une collaboration accrue avec les organismes communautaires et un financement adéquat des organismes qui interviennent en santé mentale, en prévention de crise et en accompagnement.

Le communautaire est un acteur du développement social depuis des décennies. Son expertise s’appuie sur une connaissance directe des milieux et des populations et constitue une force sur laquelle les pouvoirs publics peuvent s’appuyer.

Pourtant, les organismes font face à des exigences administratives qui peuvent limiter leur capacité à déterminer les réponses les plus adaptées aux réalités de leur milieu.

Le milieu demande aussi à ce que les relations avec les pouvoirs publics reposent davantage sur la collaboration et le partenariat, dans le respect de l’autonomie des organismes et de leur capacité à développer leurs propres approches.

La revendication : que le prochain gouvernement reconnaisse pleinement l’expertise et l’autonomie des organismes communautaires.

Cela implique notamment de privilégier un financement à la mission, stable et prévisible, de reconnaître les approches développées par les organismes et de réduire les charges administratives et les exigences de reddition de comptes disproportionnées.

Dans un contexte où les besoins sont élevés et où le réseau communautaire est déjà sous pression, la perte d’un local peut avoir des conséquences directes sur l’accès aux services. La disparition d’un espace peut entraîner une diminution, voire une interruption, de services essentiels.

Dans le Centre-Sud, où les loyers sont élevés et où la pression immobilière est importante, l’accès à des locaux adaptés, accessibles et abordables constitue donc un enjeu majeur pour la pérennité des organismes.

La revendication : renforcer et pérenniser les mesures permettant aux organismes communautaires d’avoir accès à des espaces adaptés, accessibles et abordables, en tenant compte des réalités particulières des quartiers centraux.

Le milieu demande notamment de faciliter l’acquisition, la rénovation, l’adaptation et le maintien à long terme des locaux, de soutenir les organismes confrontés à une situation locative précaire et de faciliter, lorsque cela est possible, l’utilisation de bâtiments excédentaires.

La méconnaissance de l’approche de réduction des méfaits contribue aux préjugés et à la polarisation du débat public. Les organismes communautaires portent actuellement une part importante de la responsabilité d’expliquer cette approche et d’en défendre la pertinence.

Cette situation entraîne des conséquences sur les équipes des organismes, qui vivent de l’épuisement et un manque de reconnaissance, mais aussi sur les personnes accompagnées, qui continuent de faire face aux préjugés et à l’exclusion.

Elle peut également limiter notre capacité collective à développer des réponses inclusives et humaines aux enjeux de consommation, d’itinérance et de cohabitation sociale.

La revendication : que le prochain gouvernement reconnaisse publiquement la pertinence et l’importance de l’approche de réduction des méfaits et contribue activement à mieux la faire connaître auprès de la population.

Le milieu demande notamment des prises de position claires et cohérentes ainsi qu’un engagement accru en matière d’éducation et de sensibilisation afin de réduire les préjugés et les incompréhensions.

À l’échelle locale, les organismes souhaitent également que les réalités particulières du Centre-Sud et de Sainte-Marie–Saint-Jacques soient entendues et que les personnes les plus marginalisées soient pleinement considérées dans les décisions qui les concernent.

Le financement à la mission accordé aux organismes communautaires demeure insuffisant face aux besoins grandissants du quartier.

Pour le milieu, il est nécessaire d’augmenter significativement le financement à la mission, mais aussi de revoir les façons de financer les organismes afin de leur offrir davantage de stabilité et de prévisibilité.

La revendication : que le prochain gouvernement reconnaisse les organismes communautaires comme de véritables partenaires dans l’élaboration des programmes de financement et travaille avec eux à des mécanismes qui répondent mieux à leurs réalités.

Le milieu demande notamment de favoriser un financement récurrent à la mission, indexé annuellement. À défaut d’un changement rapide, des ententes pluriannuelles d’au moins cinq ans pourraient permettre d’améliorer la stabilité, la prévisibilité et la continuité des services.

À travers ces cinq revendications, le milieu communautaire du Centre-Sud et des Faubourgs souhaite faire connaître les réalités auxquelles il est confronté, mais aussi poser les bases d’une relation de collaboration avec les personnes qui représenteront la circonscription et avec le prochain gouvernement.

Les enjeux sociaux, les réalités des quartiers et les décisions prises à l’échelle provinciale sont intimement liés. Pour les organismes, il est donc essentiel que les pouvoirs publics reconnaissent leur expertise, leur autonomie et leur rôle dans la prévention des enjeux sociaux, tout en leur donnant les moyens d’agir.

Les organismes espèrent que cette invitation à travailler ensemble sera entendue afin de pouvoir continuer à jouer pleinement leur rôle auprès de la population du Centre-Sud et des Faubourgs.