De la rue au condo : mieux comprendre les réalités du logement dans Centre-Sud
La crise du logement continue de transformer les parcours résidentiels de nombreuses personnes du quartier. Afin de mieux comprendre ces réalités et les défis rencontrés par les ressources du milieu, la CDC Centre-Sud a réuni au printemps 2026 des partenaires issus de différents secteurs du continuum du logement : hébergement d’urgence, logement de transition, logement avec soutien communautaire ainsi que logement social, communautaire et privé.
→ Cette démarche a mené à la publication du bilan De la rue au condo : portrait du continuum de l’offre de logement dans Centre-Sud.
Le rapport révèle un constat préoccupant : plusieurs parcours résidentiels sont freinés par un manque de ressources adaptées, des obstacles administratifs importants et un financement insuffisant du logement et du soutien communautaire.
Des jeunes laissés sans solution adaptée
Parmi les constats, la situation des jeunes de 17 ans apparaît particulièrement préoccupante. Sur l’ensemble de l’île de Montréal, seulement deux ressources accueillent les jeunes qui ne sont pris en charge ni par la Protection de la jeunesse ni par les Auberges du cœur : Le Bunker et En Marge. Le manque de places dans les ressources d’hébergement d’urgence et de transition pour les personnes mineures soulève également de grandes inquiétudes.
Lorsqu’une personne se retrouve sans hébergement, sans accompagnement et sans réseau de soutien, les perspectives d’accès aux études, à l’emploi et à un logement stable deviennent particulièrement fragiles.
Vieillir dans un logement qui ne répond plus aux besoins
Le bilan met également en lumière les difficultés importantes vécues par de nombreuses personnes aînées ou en perte d’autonomie. Le manque de logements adaptés, de ressources intermédiaires et de services de soutien à domicile fait en sorte que plusieurs demeurent dans des logements qui ne correspondent plus à leur réalité.
Les rencontres ont également révélé des situations particulièrement marquantes : certaines personnes aînées évincées préfèrent demeurer à proximité de leur ancien milieu de vie plutôt que d’être relocalisées loin de leur quartier, malgré des conditions de vie parfois très précaires.
Des organismes sous pression
Dans l’ensemble du continuum du logement, les organismes décrivent une pression grandissante. Les besoins augmentent, les situations deviennent plus complexes et les ressources demeurent limitées. Plusieurs équipes doivent non seulement répondre à des enjeux liés à l’itinérance, à la santé mentale, à la perte d’autonomie ou à la cohabitation, mais également composer avec des démarches administratives lourdes et des attentes croissantes de la part du voisinage.
Les ressources d’hébergement d’urgence sont particulièrement touchées. Déjà confrontées à un sous-financement du soutien communautaire, elles doivent également composer avec un manque de solutions adaptées pour accompagner les personnes vers un logement stable.
Du côté des logements avec soutien communautaire, plusieurs organismes soulignent le poids de la complexité administrative, la centralisation de certains processus ainsi que le vieillissement du parc immobilier. Les ressources doivent aussi accompagner des besoins de plus en plus complexes sans toujours disposer du personnel, de l’expertise ou du financement nécessaires.
Enfin, les acteurs du logement social, communautaire et abordable rappellent que la hausse des loyers, la pression du marché locatif et les montages financiers de plus en plus complexes limitent le développement de nouvelles unités et compliquent l’accès au logement pour les ménages à faible ou à modeste revenu.
Trois pistes d’action pour la suite
Les partenaires ont identifié trois priorités d’action :
- Lever les obstacles administratifs, notamment en travaillant collectivement auprès de la Société d’habitation du Québec et de l’Office municipal d’habitation de Montréal pour simplifier certaines démarches et faciliter les transitions entre les programmes.
- Mutualiser les expertises et les ressources afin de renforcer la capacité d’action du milieu communautaire et soutenir davantage les organismes.
- Renforcer les engagements gouvernementaux en faveur du logement social et communautaire, du financement du soutien communautaire et de la reconnaissance du logement comme droit fondamental.
Dans un contexte où les besoins continuent d’augmenter, ce bilan rappelle que la réponse à la crise du logement ne peut reposer uniquement sur les organismes du milieu. Elle nécessite une mobilisation collective et des investissements à la hauteur des réalités vécues par la population du quartier.










